
- -
Article publié sur le webzine “The French Touch”.
A défaut d’avoir eu le temps (le courage ?) de faire un bilan tout en musique de cette année 2009, le Rg Prod a malgré tout participé – modestement – au classement du webzine The French Touch. “Tous les (dé)goûts sont dans la nature”. “Il en faut pour tous les goûts”. Il est donc toujours bon de rappeler que ce genre d’exercice reste avant tout subjectif, et que ce n’est aucunement une vérité absolue. Et heureusement.
Voici donc les cinq que j’ai retenue pour cette sélection faite par une petite bande d’amateurs mais néanmoins passionnés de musique.
…
Emilie Simon – The big machine (un disque d’électro-pop sorti chez Universal Music) vu par Rg Prod et approuvé par ptit_boy
C’est un fait, Emilie Simon arrive toujours à surprendre, à déstabiliser. L’auditeur, même le plus aguerri, à beau le savoir, y être préparé, l’effet de surprise reste toujours le même. C’était déjà le cas pour “Végétal”, la BO de “La marche de l’empereur”. Mais là avec “The Big Machine”, Emilie y va fort. Se détachant, du moins en partie, de son étiquette trip-hop à la française, elle louche sans s’en cacher du côté de Kate Bush. Et de façon plutôt réussie, à l’exemple de ‘Raimbow’, ‘Dreamland’, ‘Nothing to do with you’, ‘The cycle’… Pour autant réussite n’est pas forcément synonyme de reconnaissance, surtout de la part des fans du début, qui semblent en effet plutôt déboussolés, si ce n’est déçus, à en croire les divers écrits pullulant le web. Il est cependant dommage de s’arrêter à cette “rupture” assumée d’Emilie Simon tellement l’album est au final plaisant à écouter, et comporte quand même quelques passerelles aux précédents albums. C’est le cas de ‘Chinatown’ véritable hit en puissance qui aurait eu sans problème sa place dans “Végétal”. Seul bémol de “The Big Machine”, l’attirance plus que prévisible de la chanteuse pour la langue de Shakespeare au détriment de celle de Molière.
CandyCash – CandyCash (un disque de trip-hop sorti chez Anticraft) vu par Rg Prod et approuvé par zo.
Si vous vous procurez l’album “CandyCash”, que TFT vous conseille grandement sans aucune fausse pudeur et quelconque copinage (mais quand c’est bon, c’est bon !), vous verrez écrit sur l’encart publicitaire “trip-hop corrosif”. Sous cette accroche au final pas très significative et représentative de la palette musicale de CandyCash, se cache deux personnes distinctes et pourtant liées d’une façon quasi-fusionnelle. James Saucerfull, en véritable homme orchestre, distille différentes saveurs, passant de la douceur d’une musique dite jazzy à de l’electro d’outre-tombe. Et comme si cela n’était pas suffisant, la chanteuse Pandra assène à coup de cordes vocales traumatisantes l’auditeur déjà groggy par ce mélodieux sortilège. Comment rester en effet insensible à tant de volupté et de virtuosité. Pas convaincu ? Ecoutez juste, en première instance, ‘Oracle’. Magnifique titre qui semble évoquer plusieurs tranches de vie, où la sensualité flirte avec l’âpreté. Désormais, vous ne verrez plus le trip-hop français de la même façon.
Piloophaz – Combinaisons volume 3 (un disque de rap sorti chez Skyzominus) vu par Rg Prod et approuvé par zo. et aircoba
Ah Piloophaz ! TFT aime Piloophaz, et TFT se doit un jour de couvrir la discographie de ce rappeur à part. Que ce soit avec son feu groupe La Cinquième Kolonne, par ses solos, ses diverses apparitions et innombrables projets. Car en effet, Piloophaz est quelqu’un de passionné et de prolifique. En cette fin 2009, il offre en téléchargement gratuit légal (Hadopi, si tu nous regardes !) – comme les deux précédents volumes – ce “Combinaisons volume III”. Bien qu’intéressant et parfois surprenant, il reste néanmoins en dessous et moins percutant que – surtout – le 1er volume. Il est toutefois appréciable de (re)découvrir sa collaboration très réussie avec un groupe de trip-hop français Etikal Lab (‘Ng1′). La voix envoûtante de Mag s’accorde à merveille avec le sentiment d’urgence que donne le MC à son couplet. Et ce genre de projet n’est pas sans rappeler, si besoin est, que Piloophaz, malgré sa discrétion légendaire sur le plan national, reste une plume de valeur et au dessus de la mêlée dans ce rap-game. Alors ne boudons pas notre plaisir. A noter, en aparté, que le MC travaille toujours sur son prochain vrai album. Patience, patience…
Dreyf – Same player shoot again vol. 1 (un disque de rap sorti chez LZO Records) vu par Rg Prod et approuvé par zo. et aircoba
2009. Alors que certains rappeurs revendiquent haut et fort leur syndrome de Peter Pan, d’autres chantent, à qui veut bien l’entendre, avoir assassiné à coups de mots et de rimes l’enfant-qui-ne-grandit-pas. Dreyf fait parti de ceux là. Pas de quiproquo, il sait garder son âme d’enfance. Mais le passage de “Son d’automne”, son premier EP, à “Same player shoot again” ne s’est pas fait sans réelle métamorphose, aussi bien niveau texte et prod, que niveau prestance. Quitte à choquer certains auditeurs. Et à en rallier d’autres. Qu’importe. Dreyf assume pleinement et au final c’est là le plus important. D’autant plus que ce “hors série” comme il le nomme lui-même, comporte quelques perles faisant office de bulldozer. ‘Un nouvel espoir’, ‘L’effet papillon’, ‘Tour de Babel’, ‘Pesticide’ etc. L’exemple le plus marquant reste malgré tout ‘Le blues de Neverland’. Sur une prod guerrière de Lartizan, Dreyf rappe un texte egotrip digne des plus grands. Car oui Dreyf fait encore parti des “petits”, des rappeurs de l’ombre, des solitaires traçant leur chemin seul et sans barrière. Mais il est fort à parier qu’il pourrait, dans un futur proche, mettre quelques claques sonores à un public qui ne demande que ça. A suivre de près.
P.O.S – Never better (un disque de rap sorti chez Rhymesayers) vu par Rg Prod
2009 aura été pour Rg Prod, c’est à dire votre humble serviteur, l’année de la découverte d’un label de rap américain, Rhymesayers. Séance de rattrapage avec “When Life Gives You Lemons, You Paint That Shit Gold” (2008) de Atmosphere, confirmation d’un talent de haut niveau Brother Ali (l’album “Us”), et révélation d’un rappeur hors du commun P.O.S. Hors du commun par son approche musicale, très personnel, très rap mais en même temps très rock dans la construction de “Never Better”. Dit comme ça, cela peut sembler très anecdotique. Mais à l’écoute de l’album, cela ne l’est pas, bien au contraire. Créant sa propre identité sonore, P.O.S s’amuse avec les mots autant qu’il joue des instruments. Pour donner une idée de son réel talent, je ne peux que conseiller d’aller jeter un oeil aux nombreux clips issus de “Never Better”. Alors P.O.S est-il l’enfant prodige dont le rap et le rock, frères ennemis, auraient accouché après une soirée arrosée et un rabibochage dans les règles ? La question est posée. En tout cas, le rappeur peut se vanter d’avoir sorti un album traumatisant, complètement fou. Tout autant que l’est le CD physique avec sa jaquette façon 3D à construire soi-même. Grand.
